C’est maintenant et pas demain qu’il faut penser à l’organisation des archives en République démocratique du Congo. Sinon, on ne saurait bien contrôler, sécuriser, canaliser les différentes activités et développer le pays.

Le Conseil international des archives (ICA) organise, le samedi 9 juin 2018, la Journée internationale des archives. Thème choisi  pour cette année : «Archives : gouvernance, mémoire et patrimoine». Outre cette journée, est prévue à Yaoundé, au Cameroun, du 26 au 28 novembre 2018, la grande rencontre des spécialistes (Archivistes et Archivologues) de l’écriture non voilée ou documents d’archives.

Curieusement, la journée du 9 juin ne sera pas la bienvenue en République démocratique du Congo, car les responsables politiques et culturels semblent méconnaître l’importance des archives.

Dans ce pays, les institutions chargées de l’organisation et de la gestion des archives n’arrivent toujours pas à bien gérer les contenants. D’où leur viendrait alors l’idée d’approfondir le contenu des archives?Cette négligence, reconnaissons-le, occasionne le développement de la corruption, de la falsification des documents importants et de l’esprit de la destruction.

Les conséquences de cette négligence sont néfastes pour l’avenir. Un proverbe Nunu-Bobangi (RD. Congo) dit que «Ba boso ba bomi ba mbisa na mposa e mayi», c’est-à-dire que « les premiers  arrivants boivent de l’eau pure». Explication : les bêtises ou erreurs que nous commettons aujourd’hui auront des conséquences funestes sur nos successeurs. Il en est de même des archives. Preuve : la récente révocation de plus de 200 magistrats été attribuée, à tort ou à raison, à la manipulation des documents académiques. D’où le problème de fiabilité des archives.

Pour rappel, les archives constituent le pilier de l’histoire d’une nation ; elles sont le support des secrets d’État (écriture non voilée d’une nation).  L’histoire renseigne que, dans le monde antique, les archivistes ont été les premiers conseillers des rois et des empereurs(1 Rois 4:3: Josaphat, fils d'Achilud, était archiviste).

. C’est grâce aux documents d’archives et autres, regroupés par l’archiviste-bibliothécaire-bliographe Emile Théodore Joseph Hubert Banning, que le roi Léopold II  de Belgique s’est senti pousser le désir de devenir propriétaire de l’État indépendant du Congo (E.I.C).

Scientifiquement parlant, il existe des théories en archivistique qui consistent à valoriser l’importance, la protection et la gestion des archives, à savoir la théorie de la ligne brisée, de la pyramide brisée, du pré-carré ainsi la théorie du losange.

 La première théorie de la ligne brisée ou théorie de Zigzag stipule que l’importance des archives est illimitée dans la vie d’une organisation. On crée les archives, on les utilise et on les enterre. Mais après, on les ressuscite pour une intervention éventuelle. Cette théorie s’appuie sur le  coefficient de restitution de Isaac Newton.

 La deuxième théorie est celle de la pyramide brisée qui recommande la protection des documents d’archives. Elle interdit l’accessibilité aux personnes étrangères aux archives du fait que elles sont des documents non voilés constituent un danger pour l’organisation. Cette négligence peut même faire disparaître son propre géniteur.  

Pour éviter le désordre dans la gestion des archives, le professeur Bob Bobutaka de la République démocratique du Congo (expert en Archivistique, Archivologique et en Bibliologie) a mis en place la théorie de pré-carrée. En application en Archivistique, une théorie qui définit les limites de l’accessibilité aux archives d’un grand système comme une Nation, il convient de signaler que la méconnaissance de l’importance des archives est liée parfois à la personne commise à cette gestion.  D’où, il est recommandé de confier la gestion en priorité aux archivistes formés et non aux historiens ou aux volontaires qui ont la passion des archives. C’est pour cette raison que l’application de la théorie de losange est recommandée. Cette notion recommande que l’intelligence de l’archiviste-gestionnaire dépasse la capacité de son fonds archivistique afin qu’il soit capable d’analyser, de gérer, de prouver et de convaincre. Elle repose sur modèle du fonctionnement du Chariot élévateur. La machine de l’élévateur ne peut soulever que le poids qui convient à capacité. 

Genèse de la destruction des archives en RDC

L’histoire archivistique de la République démocratique du Congo renseigne que les archives en RDC n’ont connu que des moments difficiles. Cela, de la destruction des archives de la colonie belge (Congo belge) par Léopold II au pillage des archives de la présidence de la République par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et ses alliés en 1997, en passant notamment par la négligence de ces archives pendant la deuxième République.

Il faut ajouter qu’au cours de dix dernières années, les archives de la RDC ont été détruites plus de cinq fois. En 2006, la destruction d’une partie des archives  judicaires  de la Cour suprême de justice lors des audiences sur le contentieux électoraux. En 2007, des incendies ont détruit les archives de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CONADER) quelques jours avant l’arrivée des experts internationaux pour un audit de la gestion de fonds destinés à la gestion des démobilisés. Et, en novembre 2009, les incendies ont aussi ravagé les archives médicales des Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK).

A ce tableau sombre, il faut ajouter la destruction des archives du Secrétariat général et des installations abritant le serveur central du système informatique du ministère du Budget, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2015. Sans oublier la plus récente destruction des archives pénitentiaires et judicaires de 2017 à la prison centrale de Makala (dans la nuit du 16 au 17 mai 2017) et celle du 10 juin 2017 concernant le  Parquet de Matete.

Typologie des documents

Dans la classification managériale des documents, il existe quatre types de documents par rapport à leur poids (physique des documents) : poids mouche, coq, léger et lourd. Et deux types de contenu des documents : documents à l’écriture voilée et à l’écriture non-voilée.

Du point de vue poids des documents, les affiches et les tracts sont classés dans les documents mouches car ils ont un poids très faible et sont accessibles à tout public. Le journal ou le quotidien est dans les supports coqs. Cette considération est due au poids du papier des journaux. Son information est facile à comprendre par rapport à d’autres supports d’informations.

Dans le support léger, on peut classer le magazine et la revue. Leur  lecture et leur compréhension sont souvent réservées aux  spécialistes. Les livres sont, quant à eux, classés dans le support lourd.

S’agissant de types de contenu des documents, ils sont regroupés en deux types d’écriture : voilée et non-voilée. L’écriture voilée est celle dont la lecture n’a pas de limites ou celle qui est réservée au public. On la retrouve dans les publications en série (journal, magazine, revue) et les livres. L’accès à cette écriture est libre à tout le monde.

L’écriture non-voilée est, quant à elle, celle qui touche le monde des archives et certains rapports confidentiels. L’accessibilité de ces genres des documents est conditionnée par des textes réglementaires qui définissent leur délai de communicabilité et d’accessibilité. Leur caractéristique est secrète et réservé aux initiés.

Les archives dans les médias

Les archives font partie des piliers fondamentaux des médias, à savoir Informer, Promouvoir, Administrer et Conserver(IPAC). Les médias en Afrique, en général, et en RDC, en particulier, ont le devoir de bien conserver leurs archives. Un média sans archives égale à un média sans backgrounds, rapporte le blog spécialisé en documentation (archives, bibliothèque, documentation et  bibliologie),www.http://archivistebateko.canalblog.com.

À Kinshasa, la plupart de médias n’arrivent pas à bien gérer et conserver leurs archives. Cela vaut également pour ceux basés dans les provinces. Cela est dû au fait que les Congolais n’ont pas la culture des archives.

Étant donné que les hommes des médias sont généralement des ‘‘intellectuels’’, il est nécessaire que les propriétaires de médias militent pour l’organisation des archives des médias. Au moment où à travers le monde les hommes des médias luttent pour conserver leur quatrième pouvoir en informant, analysant, rappelant et veillant sur les événements, ceux de la RDC ne font qu’annoncer des informations.

       À noter que la force des médias internationaux, notamment AFP, Reuters, France 24, RFI ...  se trouve dans la conservation de leurs archives et dans leur promptitude à diffuser l’actualité dans laquelle ils incèrent le background y afférent.  

       Les archives et la documentation dans les médias jouent un rôle de sentinelle et de veille. Elles sont le métaschème de la Rédaction. Ce service conserve tous les documents utilisés par la Rédaction (les conducteurs, les discours, les rapports, les anciennes productions, photos, etc.

Dans le service de marketing et commercial, le service de documentation et archives recommande de classer les factures avec les pages de photocopie des journaux ou les documents du texte de l’annonceur). Et c’est dans le service d’administration qu’il faut analyser bibliologiquement le dossier du personnel en le classant par rapport aux indices préétablis. Sans oublier la conservation des documents essentiels de l’entreprise.  

       Ce service fait office d’intermédiaire entre sa Rédaction et ses chercheurs. Il a aussi l’obligation de veiller sur la collaboration (dépôt obligatoire d’exemplaires des éditions) de sa Rédaction avec la Bibliothèque nationale (dépôt légal) et le Dépôt national d’archives.

Aujourd’hui, les Congolais peuvent-ils retrouver facilement les archives des journaux Le Courrier d’Afrique, Le Progrès, Etoile du Congo, Umoja de Léon Mukanda, Elima de Thy Réné Esolomwa, Salongo de Bondo Sama, L’Analyste de Jacques Bongoma  ou Le Palmarès de Michel Lady Luya (…) ? Dans quelle Rédaction à Kinshasa peut-on trouver le Code d’éthique et de déontologie professionnelle ainsi que la Loi sur la liberté de la presse en RDC…?

    La vie des médias en République démocratique du Congo évolue dans une période vraisemblablement trouble parce que ceux qui sont censés informer et former le public, ne sont pas généralement chevillés sur la rigueur, la compétence et le savoir. La conséquence directe est que les propositions faites au public, en termes de contenu … ne contribuent pas souvent à l’essor du journaliste. On décèle, à cet effet, dans le chef des journalistes, l’absence de culture de lecture et de conservation des documents. De même, aucun effort n’est ressenti auprès de jeunes éditeurs et propriétaires des médias, pour relever le niveau de connaissance des archives de médias.

À signaler que l’esprit de conservation a existé. J’ai travaillé avec des anciens journalistes encore en vie, notamment MM. Angelo Mobateli, Florent N’Lunda N’Silu et Ben-Clet Kankonde. Ils ont excellé dans la conservation de leurs documents, notamment de reportages, de textes légaux, etc. Et cela profitait à toute la Rédaction qui recourait à ces archives personnelles en cas, notamment, de replonger le lecteur dans le background.

Numérisation des archives

Les disciplines des Sciences de l’information et de la communication (SIC) tendent, toutes, vers le monde numérique. Parmi celles qui sont dans cette mutation, il y a le journalisme, la bibliothèque,  la documentation. Tandis que le monde archivistique traîne encore le pas, car il existe de nombreux contraintes liées à la confidentialité et la communicabilité des informations archivistiques.  

Certains experts congolais en archivistique et archivologiques, à l’instar de professeur Bob Bobutaka de l’Institut supérieur de la Statistique (ISS)/Kin, admettent que  la mise en place d’une loi autorisant la numérisation des archives et la détermination de type de document est nécessaire pour éviter l’accessibilité au public non autorisé aux certains secrets d’État.

Néanmoins, il faut savoir que la numérisation des archives permet à une organisation de libérer les espaces et d’avoir un accès rapide aux documents. Généralement, ce sont les archivistes, archivologues et les informaticiens locaux qui sont associés à un tel travail informatique. 

Au regard de ce qui se passe aujourd’hui, il se dégage l’impression selon laquelle les institutions de conservation nationales des documents en République démocratique du Congo (la Bibliothèque nationale du Congo et l’Institut national des archives nationales) ne sont pas prêtes à ouvrir des réflexions pour la gestion et la conservation des documents numériques.

 

Delphin Bateko Moyikoli, chercheur congolais (RD. Congo) en Archivistique, Documentation, Archivologie, Bibliothèque et Communication. 

e-mail : delphinbateko@yahoo.fr