Moi, Congolais de la République démocratique du Congo, quel document souvenir de l’indépendance du 30 juin 1960 dois-je laisser à mes arrières-petits-fils ?

 

La République démocratique du Congo (RDC) a totalisé le 30 juin 2018, 58 ans d’âge depuis son accession à la souveraineté nationale et internationale. Au regard de ce qui se passe dans la gestion des archives du pays, une impression se dégage, c’est celle de l’abandon total des archives et de la documentation. Cette négligence a occasionné une perte importante des documents d’archives, à savoir l’Acte de l’indépendance de la République démocratique du Congo et la grande partie d’archives des 16 rencontres politiques que le pays a connues depuis 1959. Et 58 ans après, la RDC évolue sans ses repères !

 

It/ Sans Acte de l’indépendance

 

La mauvaise tenue des archives en RDC a commencé juste le 30 juin 1960, jour de la signature de l’Acte de l’indépendance entre la Belgique et la République Démocratique du Congo. À ce stade, le professeur Bob Bobutaka précise, dans son livre intitulé ‘‘Congo-Kinshasa et Congo-Brazzaville : Développement, langue, musique, sport, politique et bibliologie, Paris, Edilivre, 2017’’, que « seuls les premiers ministres et leurs ministres en charge des Affaires étrangères étaient compétents pour contresigner la Déclaration de l’indépendance : quatre personnalités dont deux Belges et deux Congolais. Il s’agit de chefs de gouvernement Gaston Eyskens et Patrice-Emery Lumumba ainsi que de chefs de la diplomatie Pierre Wigny et Justin-Marie Bomboko. »

 

 

Acte d'indépendance de la RDC

Son Bomboko  « Après l’incident provoqué par le Premier ministre Lumumba, sous l’effet de la colère, le Premier ministre belge a signé, en occupant la place réservée au Premier ministre congolais, dans l’Acte de l’indépendance».

 Le professeur Bob Bobutaka renseigne également que, pour pouvoir structurer les informations sur l’Acte de l’indépendance du Congo, il a approché Justin Bomboko pour en savoir plus. Celui-ci a été surpris de constater qu’un Congolais s’intéressait aux archives. « C’est ce qui a toujours fait défaut à notre pays », avait-il dit. À la question sur la connaissance par lui de l’Acte de l’indépendance de la République Démocratique du Congo, il avait répondu qu’« après l’incident provoqué par le Premier ministre Lumumba, sous l’effet de la colère, le Premier ministre belge a signé, en occupant la place réservée au Premier ministre congolais, dans l’Acte de l’indépendance. Avec le désordre ainsi créé, il n’a jamais su où se trouvait la copie qui était destinée à la partie congolaise. » 

L’expert congolais en bibliologie politique et archivistique, le prof Bob Bobutaka, ajoute : « En tout état de cause, nous pensons que l’Acte du Premier ministre Lumumba n’était pas approprié ; car selon le protocole, seuls les chefs d’État devaient prononcer les discours et que les chefs de gouvernement et les ministres des Affaires étrangères devaient apposer leurs signatures pour valider la Déclaration de l’indépendance. Plus de 50 ans après l’indépendance, l’élite congolaise doit être consciente des erreurs commises aussi par les Congolais dans le processus un peu désordonné de l’acquisition de l’indépendance. Pour beaucoup d’historiens, surtout Congolais, ce sont les incohérences belges qui sont mises en exergue. Pourtant, les Congolais, faute de maturité politique, par leur soif du pouvoir et leur esprit revanchard, sont aussi à la base des crises dont est victime la RD Congo dès l’aube de son indépendance. »

RDC sans culture des archives administratives

58 ans après l’indépendance, le comportement des Congolais de négliger les documents continue. Et cela contribue à amener le pays dans une direction inconnue. Pour cette raison, la liste de cas de négligence sur la gestion des archives n’est pas exhaustive. De 1959, avec le Colloque général entre la Haute administration coloniale et les partis politiques, à  2016, lors du Dialogue national inclusif et du Dialogue de la CÉNCO en passant par la Conférence nationale souveraine en 1991-1992, la RDC a totalisé 16 rencontres politiques importantes. Est-ce possible, aujourd’hui, de trouver toutes les archives des résolutions de ces 16 rencontres politiques importantes ? Nous ne le pensons pas. Si oui, où ?

Pour rappel, les archives constituent le pilier de l’histoire d’une nation ; elles sont le support des secrets d’État (écriture non voilée d’une nation).  L’histoire renseigne que, dans le monde antique, les archivistes ont été parmi les premiers conseillers des rois et des empereurs (1 Rois 4:3: Josaphat, fils d'Achilud, était archiviste).

 

 

Lumba signe

L’attitude  du premier ministre belge montre que Lumumba a été déjà écarté du pouvoir le même jour de la signature de l’Acte de l’indépendance.   

 Actuellement, il est difficile de vivre sans documentation. Tous les domaines de la vie quotidienne reposent sur la documentation (archives, documentation et livre). C’est pour cette raison qu’il existe une relation appelée « Relation perpendiculaire ». Ce rapport  est une collaboration qui existe entre la documentation et d’autres disciplines des domaines de monde savant (Politique, économie, gestion, marketing, diplomatie, journalisme, communication, éditorologie, la bibliologie...). Schématiquement parlant, toutes les disciplines du monde savant s’appuient sur la documentation (archives, documentation et bibliothèque). C’est-à-dire qu’aucun domaine scientifique n’évolue sans recourir ou sans apport des documents. Cette relation est perpendiculaire dans le sens que la documentation est la base où repose un pilier appelé les domaines scientifiques.

Il convient de rappeler que l’histoire archivistique de la République démocratique du Congo renseigne que les archives en RDC n’ont connu que des moments difficiles. Cela, de la destruction des archives de la colonie belge (Congo belge) par Léopold II au pillage des archives de la présidence de la République et du parlement au palais du peuple par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et ses alliés en 1997, en passant notamment par la négligence de ces archives pendant la deuxième République. Il faut ajouter qu’au cours de dix dernières années, les archives de la RDC ont été détruites plus de cinq fois. En 2006, la destruction d’une partie des archives  judicaires  de la Cour suprême de justice lors des audiences sur le contentieux électoraux. En 2007, des incendies ont détruit les archives de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CONADER) quelques jours avant l’arrivée des experts internationaux pour un audit de la gestion de fonds destinés à la gestion des démobilisés. Et, en novembre 2009, les incendies ont aussi ravagé les archives médicales des Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK).

A ce tableau sombre, il faut ajouter la destruction des archives du Secrétariat général et des installations abritant le serveur central du système informatique du ministère du Budget, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2015. Sans oublier la plus récente destruction des archives pénitentiaires et judicaires de 2017 à la prison centrale de Makala (dans la nuit du 16 au 17 mai 2017) et celle du 10 juin 2017 concernant le  Parquet de Matete.

Pour éviter les erreurs du passé, le gouvernement congolais a le devoir d’utiliser ses archives afin d’organiser le secteur et de disposer les moyens nécessaires pour doter chaque institution du pays un dépôt d’archives. Sans oublier la réorganisation des archives nationales du Congo.

 Orientations scientifique de la gestion efficace des archives 

Hormis la théorie de trois âges, inventée par les américains, les archivistes congolais viennent d’en créer d’autres pour valoriser l’importance, la protection et pour la gestion efficace des archives, à savoir la théorie de la ligne brisée, de la pyramide brisée, du pré-carré ainsi la théorie du losange.

 La première théorie de la ligne brisée ou théorie de Zigzag stipule que l’importance des archives est illimitée dans la vie d’une organisation. On crée les archives, on les utilise et on les enterre. Mais après, on les ressuscite pour une intervention éventuelle. Cette théorie s’appuie sur le  coefficient de restitution d’Isaac Newton.

 La deuxième théorie est celle de la pyramide brisée qui recommande la protection des documents d’archives. Elle interdit l’accessibilité aux personnes étrangères aux archives du fait que elles sont des documents non voilés constituent un danger pour l’organisation. Cette négligence peut même faire disparaître son propre géniteur. 

Pour éviter le désordre dans la gestion des archives, le professeur Bob Bobutaka de la République démocratique du Congo (expert en Archivistique, Archivologique et en Bibliologie) a mis en place la théorie de pré-carrée. En application en Archivistique, une théorie qui définit les limites de l’accessibilité aux archives d’un grand système comme une Nation, il convient de signaler que la méconnaissance de l’importance des archives est liée parfois à la personne commise à cette gestion.  D’où, il est recommandé de confier la gestion en priorité aux archivistes formés et non aux historiens ou aux volontaires qui ont la passion des archives. C’est pour cette raison que l’application de la théorie de losange est recommandée. Cette notion recommande que l’intelligence de l’archiviste-gestionnaire dépasse la capacité de son fonds archivistique afin qu’il soit capable d’analyser, de gérer, de prouver et de convaincre. Elle repose sur modèle du fonctionnement du chariot élévateur.

Delphin Bateko M.