Cela fait presque huit ans depuis que Noël Boaz creuse un lit de lac ancien dans l'Extrême est du Zaïre à la recherche de l'insaisissable ancêtre de l'homme. Il a découvert, avec ses collègues, quelques outils en pierre datant d'avant 2,5 millions d'années et des centaines de fossiles d'animaux et de plantes.

En revanche, pas de trace de l'animal qui serait l'ancêtre de l'homme. « Les fossiles du singe doivent s'y trouver », déclare le paléontologiste américain à Michael Roddy de l'Agence Reuter, au cours d'une visite, mi-septembre, sur le site. « C'est une question de trouver assez de fossiles pour le prouver », dit Boaz, 37 ans, qui écrit un livre sur ce sujet, prévu pour être publié fin 1989.

Le site, qui n'est accessible que par avion, se trouve sur les falaises en amont de la rivière Semliki dans le Parc national des Virunga et offre un cadre climatique agréable pour la recherche. A 175 kms au sud de la ville de Goma, la fumée s'échappe des crevasses et les volcans vomissent les laves. Les hippopotames se roulent dans la boue de la rivière dans laquelle Boaz et ses creuseurs se baignent.

 De temps en temps, les lions en pleine liberté se frottent contre les tentes, mais aucun membre de l'équipe n'a été jusqu'ici écharpé. Boaz, qui est directeur du Virginia Museum of Natural History, et ses associés ont découvert des douzaines d'outils en pierres taillées. Ils pensent que ces outils servaient à couper la viande. Autres découvertes faites par l'équipe: des carcasses et des fossiles d'éléphants préhistoriques, de mollusques, d'antilopes, de rats de bois et de marécage et de chevreaux à trois sabots. La chasse aux fossiles exige de la patience: l'inondation des fouilles et la végétation abondante cachent de fabuleux sites. Les besoins primaires, comme la nourriture, sont difficiles à obtenir.

Le Dr Robert Turk de Asherville, (Caroline du Nord), un volontaire de Earthwatch, a passé des semaines sur le site à prendre de minuscules dents de poissons fossilisés des tumulus du sable.

« C'est très intéressant bien que le travail prenne du temps », a déclaré Turk. « Nous ne faisons pas tout à fait bien les choses comme le feraient les experts mais on a besoin de corps supplémentaires pour tamiser la terre ».

LA RECHERCHE sur le premier ancêtre de l'homme préoccupe la communauté scientifique depuis un siècle quand Charles Darwin a publié sa théorie de l'évolution. Des paléontologistes en Afrique  de l'est et ailleurs ont découvert des prototypes de l'homme, tels l'Australopithèque, l'Homohabilis, l'Homo-erectus. Mais aucun ancêtre commun à tous n'a été trouvé et accepté universellement.

Boaz pense qu'un ancêtre homme-singe doit avoir émigré de l'Afrique orientale vers l'ouest à travers les massifs crevassés (Rift Valley) il y a environ 13 millions d'années. Ceci s'est passé quand le climat du monde transforma la forêt en savane en Afrique de l'est où la plupart des découvertes de l'homme ont été faites, mais la jungle centrale du Zaïre fut épargnée.

Les singes ont besoin d'une végétation abondante pour survivre. C'est pourquoi, Boaz pense que l'ancêtre doit avoir émigré ou péri. « Il y a plusieurs raisons pour penser que nous sommes sur une bonne piste », déclare Boaz. « Il y a deux chimpanzés dans cette région et nous savons que le premier hominidé y habitait parce que nous avons des outils en pierre. Vous ne trouverez jamais des fossiles des chimpanzés en Afrique de l'est ou du sud, par contre vous pouvez les trouver ici », ajoute-t-il. La jungle pose toutes sortes d'obstacles que les creuseurs des gorges et des lits de rivières desséchées de l'Afrique de l'est ne rencontrent pas. Le sol argileux du Zaïre retient plus l'humidité qu'il ne la draine, et il y a beaucoup de fossiles de mauvaise qua lité. « Le travail se poursuit tranquillement et lentement », déclare Parlssis Pavlakis, un médecin grec de 39 ans que supervise les fossiles. « La théorie est bonne, celle qui affirme que l'ancêtre commun a vécu à la lisière de la forêt Mais la production actuelle des fossile est très faible».

Boaz qui a reçu USD 272.000 l'arnnée dernière du National Science Foundation espère recevoir une autre subvention cette année pour creuser un site plu prometteur, mais plus difficile d'accès et infesté de moustiques. Boaz sait que la règle du pouce en Paléontologie est qu'avant de trouver une trace d l'Hominidé, environ 100 fossiles complets d'animaux doivent être déterré: Or, aucun site de la Semliki n'a approché un tel taux de productivité. « Ma vous pouvez parier », dit-il.

 

Zaire

                                                                                       Vie Finance - 1 5 OCTOBRE 1989