Musicien camerounais Emmanuel Eboa Lotin faisait la fierté de l’Afrique noire à travers sa musique. Lors de scène, il dansait avec de l’humour et  oubliait parfois qu’il  était infirme. Dans les années 1970, Eboa Lotin avait épaté les zaïrois par sa chanson  Matumba Matumba», «Bésombe ». Produit par maison Philips, il va jouer au Ciné Palladium (Ex-Albertum, en face de la grande poste de Kinshasa) dans la commune de la Gombe et au parc de Boeck de Kinshasa (actuellement Jardin Zoologique de Kinshasa).    

Eboa Lotin C

Il y a 21  ans mourait l’artiste-musicien camerounais Emmanuel Eboa Lotin, le 6 octobre 1997 dans l’hôpital Laquintinie à Douala (Cameroun) à l’âge de 55 ans. La mort l’a surpris pendant qu’il préparait son dernier album. Quelques mois avant sa mort, Eboa dit : « Je suis malade pour avoir passé onze ans avec un régime alimentaire qui m’a donné du diabète. Mais je suis encore vivant, et je travaille malgré tout sur mon prochain album... Ce sera un double album. Le premier sera un album de variétés et le second un album religieux, celui-là même qu’on jouera le jour de ma mort ». Confidence d’Eboa Lotin du 9 mars 1997 livrée par Henri F. dans un article intitulé « Je me souviens d’Eboa Lotin ».

Eboa Lotin est reconnu comme le patriarche « Eyum’a moto » dans son Cameroun natal. C’est un musicien qui a marqué aussi des Congolais. Il avait produit en RDC (Zaïre à l’époque) deux fois. En février 1970, il a donné un spectacle émouvant au ciné Palladium dans la commune de Gombe, produit par la maison Philips sur l’inviatation du Président Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga et en 1994 à l’ex Hôtel Intercontinental de Kinshasa (actuellement Pullman) lors de la soirée de musique Ngwomo Africa de feu Laudert Londala.

Parmi les chansons connues de Eboa Lotin à Kinshasa, on peut citer «Matumba Matumba», «Bésombe » et la chanson « Amanu » qu’il avait dédié aux musiciens congolais Tabu Ley, M’pongo Love et le camerounais Francis Bebey. Il convient de signaler qu’en dehors des connaissances artistiques et musicales, Eboa a connu beaucoup de succès en RDC (Ex-Zaïre) vers les années 1970 à l’époque où la musique congolaise était en baisse. Les chansons de l’artiste Eboa Lotin étaient jouées partout en République démocratique du Congo surtout qu’il recourait à certains mots en Lingala (l’une des langues nationales de la RDC).

Ottou Marcellin, l’autre chansonnier et poète bantou, soutient que « l’artiste Eboa Lotin reste un monument de la chanson et de la culture africaine, bien au-delà de son pays natal. Eboa Lotin savait bien orienter sa musique dans le but de faire danser l’esprit autant que le corps. Eboa Lotin était un phénomène de la chanson ». Il servit d’exemple et inspira des auteurs-compositeurs comme Tom Yom’s et Annie Anzouer. Sa mémoire reste vivace.

Contrairement à l’actuelle musique camerounaise, on constate qu’il y a une propension à promouvoir une musique qui abrutit les populations. Depuis le Ndombolo, le Mapouka jusqu’au Coupé décalé. On produit des sons, du bruit et non de la musique pensée et construite. Eboa fut un grand comédien, un humoriste et un grand danseur. Pendant les scènes, Eboa Lotin savait combiner son humour, sa comédie et son infirmité. C’est ce théâtre-là qui attirait le public contrairement à Mpongo Love du Zaïre (actuellement RDC) qui attirait le public par sa beauté et sa voix angélique.

Eboa Lotin, l’africain

Il est l’un des rares artistes à être invité en 1969 par l’Empereur Jean-Bedel Bokassa 1er de Centrafrique (décédé), feu le président Marien Ngouabi du Congo-Brazzaville lors de la naissance du P.C.T (Parti congolais du travail). Le président Omar Bongo Ondimba du Gabon l’a également reçu pour commémorer le 10ème anniversaire de la rénovation. El Hadj Amadou Ahidjo, président du Cameroun, l’a beaucoup soutenu, tant sur le plan moral que matériel.

Il convient de rappeler que l’artiste-musicien camerounais Emmanuel Eboa Lotin était né le 6 août 1942 (sous le signe du lion) à Bonamouti, Akwa Douala au Cameroun d'une mère ménagère et d'un père pasteur. Le révérend pasteur Adolf Lotin’a Same, un pasteur révolutionnaire, fondateur de la Native Baptist Church.

Eboa hérita vers 1946, alors qu’il n’avait que 3 ans, plus de 400 cantiques de son père (œuvres que Francis Bebey interpréta à ses débuts). Il ne connut presque pas ses parents puisqu’ils sont morts quand il avait à peine quatre ans. Une atrophie due à l’injection de quinine lui paralysa la jambe gauche à un très jeune âge.

Comme tant d’autres artistes, Eboa Lotin a connu des moments de découragement et de désespoir. Il commence à chanter à l’âge de huit ans et compose sa première chanson, « Mulema Mam » (mon cœur) en 1962 il n’a alors que 20 ans.

Cette chanson est l’histoire d’un jeune couple sans expérience dans lequel le mari vient d’accorder la liberté totale et inconditionnelle à son épouse (le divorce), because monsieur n’avait pas le porte-monnaie assez volumineux pour satisfaire les ambitions démesurées de sa femme. Eboa Lotin enregistra dans les studios de Radio-Douala, cette œuvre qui connut un grand succès mais ne lui rapport que très peu de satisfaction matérielle. Mais son amour pour le don qu’il possède dès sa naissance l’incita à continuer à travailler ardemment. Il continue à travailler jour et nuit jusqu'à ce qu'il ait rencontré le succès. Il compose ensuite cinq autres chansons, dont le fameux Mbemb’a mot’a sawa, titre grâce auquel il remporte le 1er prix du Concours Vick’s Vedette (avec Duke Ellington, président du jury et Myriam Makeba membre du jury), titre qui lui permet de découvrir la ville de Paris. Il en profite pour enregistrer ses plus grands succès (aux éditions Philips). Matumba Matumba et Bésombe remporte un succès panafricain et international.

Eboa meurt pauvre

Emmanuel Eboa Lotin a quitté la terre des vivants le lundi 6 octobre 1997, à 17 heures à l’hôpital Laquintinie. Il a laissé une veuve, Mme Jacqueline Eboa Lotin et cinq orphelins : Lynda, Henri, Jackie, Cathy et Samuel et près de 70 chansons chantées, ainsi qu’un album inachevé. Il est mort sans que son « album religieux » soit sur le marché. Mais sa dernière œuvre est sortie quelque temps plus tard, à titre posthume, intitulé « Forever », qui veut dire « A jamais ». Dans cette œuvre qui conclut une carrière de maestro, on retrouve sept chansons dont Ave Maria Cameroun qui ne put être interprétée que par son auteur avant son décès.

Et il mourut pauvre sans profiter de ses droits, comme d’autres artistes africains. Il laisse derrière lui une litanie de chansons comme ses frères et sœurs africains tels Fela Kuti Anipulapo (Nigeria), Francis Bebey (Cameroun), François Lougha (Côte d’Ivoire), Franco Lwambo Makiadi (RDC), M’pongo Love (RDC), Pepe Kallé (RDC), Abeti Masikini (RDC), Madilu système (RDC), Tabu Ley (RDC) etc. Leurs œuvres sont pirates à travers les continents, à tel enseigne que d’autres parmi eux sont morts très pauvres.

                                                                                                                                                         Delphin Bateko Moyikoli