Delphin Bateko M.(delphinbateko@yahoo.fr)

      Le monde actuel veut que les archives participent activement à la gestion de la vie courante d’une organisation ou d’une nation. Mais, en République démocratique du Congo, les archives participent peu à la gestion quotidienne du pays. Cela est peut-être dû à la place que l’État congolais a réservée aux archives ou  c’est la conséquence de la formation supérieure sur les archives qui est restée plus dans l’approche conservation que dans celle participative.   

Pour ce qui est de la formation, le professeur Bob Bobutaka (UNIKIN et ISS-KIN) le reconnaît dans une interview publiée au journal Le Potentiel sur la journée mondiale des archives juin 2017. Dans laquelle il soutient : « Pour la qualité de la formation, la RDC a déjà exporté son savoir dans ce domaine à certains pays africains. C’est la lutte que nous menons pour la socialisation des archives en RDC.

     La conservation des archives est un des paradigmes de fonctionnalité des archives à côté de la constitution, du traitement intellectuel et de la communication des archives. Pour pallier cette insuffisance au développement, l’Institut supérieur de statistique de Kinshasa a, dans son programme, le cours d’Archives et développement. Il faudra aussi reconnaître que les archives ont été plus exploitées dans une approche de technique de conservation de la mémoire.

 Certes,  les efforts sont fournis pour que celles-ci soient un outil au service du développement du pays ». Le courant participatif des archives permet aux archives d’intervenir régulièrement et à tout moment pour éclairer ou orienter une situation donnée. Dans ce cas précis, on a affaire à un documentaliste-archiviste, autrement dit un archiviste debout. Cela pour raison de rapidité de répondre à une question posée.

Ces dernières années, on a senti que les Congolais se rapprochent des archives pour des raisons d’audit, de contrôle et surtout pour prévoir l’avenir du pays. Le cas le plus récent est celui de l’intervention des archives des commissariats (CIAT) et sous-commissariats (Sous-CIAT) lors de l’opération Likofi pour la traque des Kuluna (bandits de grand chemin) à Kinshasa.  

Par ailleurs, Modeste Mutinga Mutuishayi, dans un article publié au journal Le Potentiel n°7618 du mercredi 24 mai 2019, intitulé «  M. Mutinga propose la création d’un Parquet national financier », propose la création une brigade financière qui viendrait en appui dans la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics. Et dans son dernier livre intitulé « Pour une République des juges contre l’impunité », Modeste Mutinga fait un plaidoyer pour une meilleure place à réserver à la justice, aux fins d’une grande autonomie de fonctionnement de l’appareil judiciaire. 

Après la lecture de ces deux propositions, on sent la renaissance de la culture de valorisation des archives du pays. Car les archives sont la mère de la justice, de l’économie et de la bonne gouvernance. Il faut savoir qu’aucun pays au monde n’a pu lutter contre l’injustice, l’impunité et le détournement de deniers publics sans l’implication des archives.  Celles-ci font partie d’un État de droit. D’où la nécessité d’organiser les archives et la documentation dans tous les secteurs de la vie nationale.

Même au plus haut sommet de l’État, tout tourne autour des archives. Preuve : dès son entrée au pouvoir, le chef de l’État, Félix- Antoine Tshisekedi Tshilombo, avait ordonné et financé la réhabilitation du bâtiment des archives de la clinique Ngaliema.  
Pour les observateurs, les archives en République démocratique du Congo ont connu trois courants, à savoir le collecteur-sentinelle des archives dans différents coins du pays pour le compte du roi Léopold II ; la conservation des archives par des historiens pour la conservation nationale, courant a donné l’idée de la création des archives nationales et la formation des archivistes pour la conservation des archives et documents ; et les archivistes et archivologues, courant lié à la participation des archives à la gestion quotidienne du pays. C’est la phase que la RDC est censée suivre. Pour y arriver, l’État congolais a le devoir d’impliquer les archivistes et archivologues congolais dans les institutions archivistiques et non les historiens.

C’est pourquoi, il est souhaitable que l’État congolais crée les archives d’État. Cette structure sera rattachée à la présidence de la République. Elle aura comme mission la gestion des archives du secteur régalien du pays, notamment les archives des Affaires étrangères, de la Défense, de l’Intérieur, des Finances et de la Justice.

En ce qui concerne, les Affaires étrangères, un projet doit être mis en place pour affecter les archivistes et les documentalistes dans toutes les ambassades ou missions diplomatiques à l’étranger pour la collecte, la conservation, la gestion et la  communication des documents d’archives et d’autres qui parlent de la République démocratique du Congo. L’archiviste servira de courroie entre les archives de son ambassade et celles d’État. 

L’Institut national des archives du Congo (INARCO) doit rester pour les archives culturelles. Raison pour laquelle il est dans l’approche historiographique. Pour sa valorisation, l’État congolais doit imposer et faire respecter la loi sur le versement obligatoire des archives définitives à l’INARCO. 

Dans tous les cas, la loi qui organise les archives en RDC doit être modifiée car cette loi ne reconnaît pas les archivistes scientifiques formés dans les établissements universitaires publics. Or ce sont des scientifiques qui mettront en place des théories et réflexions sur le fonctionnement des archives et non les professionnels.