Si hier la classe politique congolaise ne se préoccupait pas du sort des archives et de la documentation, l’avènement du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo est aujourd’hui un espoir pour la valorisation  des archives et la documentation en RDC. Au fait, l’actuel chef de l’Etat, a-ton appris de bonnes sources, connaît l’importance de l’archivage et surtout aime les archives. Le dernier témoignage est celui de sa visite des archives de la Clinique Ngaliema où s’est déclaré un incendie. Une attitude qu’apprécient les archivistes, les bibliologues et documentalistes congolais car les archives constituent un instrument sûr dans la lutte contre la corruption. Un fléau que l’actuel régime a, d’ailleurs,  promis de combattre.

Après les élections du 30 décembre 2019, les Congolais de différentes couches sociales n’attendent que le changement promis par la plateforme électorale CASH. Parmi les couches sociales qui se rassurent, il y a les archivistes et les documentalistes congolais qui plaident pour la valorisation de leur métier, car l’actuel Chef de l’Etat connait l’importance de l’archivage des documents. Cela est confirmé par sa volonté de lutter contre la corruption en RDC. Laquelle est devenue un frein au développement. La réussite  de la vision du chef de l’Etat ne repose que sur la réorganisation des secteurs  des archives et de la documentation à travers les archivistes congolais. Raison pour laquelle on estime que sa présence à la tête du pays est un espoir pour les documentalistes (archivistes, documentaliste, bibliothécaires, bibliologues…) congolais pour la valorisation de ce domaine clé du développement pour ce pays-paradis.

Mais bien avant son élection à la tête du pays, les gouvernements précédents ont pu former plus des milliers d’archivistes, documentalistes, bibliothécaires, bibliologues à travers les institutions publiques de formation supérieurs et universitaires, à l’instar de l’Institut supérieur de Statistique (ISS/Kin) et de l’Université de Kinshasa(UNIKIN) sans les utiliser. Dommage ! Aujourd’hui, ce sont d’autres pays du monde qui bénéficient de savoir-faire des archivistes et des documentalistes congolais, et non  la RDC, leur propre pays.  

Archives c’est le pouvoir !   

Les archivistes, les bibliothécaires et les documentalistes ont été toujours parmi les trois premiers conseillers des rois et des chefs d’État dans les grandes civilisations et les pays puissants (1 Rois 4:3 et 2 Rois 18 : 18) que l’Humanité a connus pour la gestion, la conservation et la protection des documents importants, afin de favoriser la communication concrète et exacte des informations confidentielles. Dans la Bible, on constate que  ce sont les archivistes qui ont pu donner au roi Hérode avec l’exactitude les informations tenues cachées depuis des siècles sur le lieu de la naissance de Jésus-Christ quand les mages venus de l’Orient voulaient en savoir un peu plus.

Ce fut aussi grâce à l’archiviste-bibliothécaire- bibliographe, Emile-Banning que le roi Léopold II a pu accepter de prendre l’Etat indépendant du Congo (actuellement République démocratique du Congo).

Pour garantir le bon fonctionnement des structures des documents en RDC, le président de la République a intérêt à nommer lui-même les archivistes formés auprès des institutions et entreprises publiques et comme sous d’autres cieux. Cela afin d’éviter la destruction de la mémoire du pays et la fuite des documents importants ou des informations secrètes. Sans oublier la valorisation de métier des documentalistes en mettant en place le centre de documentation et réhabilitation des bibliothèques universitaires et publiques à travers le pays.   

L’histoire nous rappelle que les nations qui ont pu  bien gérer leurs archives et documentations sont devenues puissantes et avec de services de renseignement et d’intelligence très puissants qui contrôlent le monde. Il s’agit, entre autres, de l’Égypte ancienne, des États-Unis d’Amérique, d’Israël, de Vatican, de la Fédération de Russie, de la France, de la République Fédérale d’Allemagne, les deux Corées, Chine et de la Grande-Bretagne.     

Contrairement à la RDC, depuis des décennies, les secteurs des archives et de la documentation ont été toujours négligés par les décideurs politiques. Cette négligence a occasionné la destruction des documents importants du pays ; l’évolution spectaculaire de la corruption à tous les niveaux de la vie nationale ; et n’a pas permis au pays d’évaluer les actions menées dans beaucoup de secteurs de la vie nationale. Sans oublier la fuite des informations secrètes des services et de la nation.

Et pourtant, la sécurité, le développement, la formation primaire, secondaire et universitaire, la médicine, la justice, la diplomatie, l’audit, la lutte contre la corruption et l’évaluation des actions ainsi que l’information et la communication sont des domaines qui reposent sur les archives et la documentation.  

Pour y arriver, la formation actuelle sur la gestion des archives et autres documents repose plus sur l’approche bibliologique (analyse approfondie des documents) que la simple conservation et la communication des documents.

La bonne gestion et circulation des informations documentaires dans un pays garantissent la confiance  entre les décideurs et les populations, et entre les décideurs et ses partenaires. Elles permettent aussi l’échange des données entre les systèmes. Les archives dans un pays mettent l’accent sur le réveil, le centre/Service de documentation s’intéresse à l’éveil avec comme soubassement la veille ou l’alerte informationnelle.

D’où ce sont des archivistes et documentalistes qui définissent le système et la politique de circulation des informations administratives et secrètes du pays, de la présidence de la République au chef de rue. Seulement ici en RDC, qu’après une manifestation publique, des attachées de presse et chargés de communication se permettent de distribuer des documents liés à cette activité. Et pourtant, pour des raisons de sécurité et de contrôle des informations, ce sont des documentalistes qui ont l’obligation de faire cette opération de distribution. C’est ainsi que prévalent le principe de perpendicularité et la théorie de la ligne brisée ou théorie de Zigzag.

Le principe de perpendicularité stipule que tous les domaines de la vie quotidienne reposent sur la documentation (archives, documentation et livre). Cette relation est perpendiculaire dans le sens que la documentation est la base où repose un pilier appelé les domaines scientifiques.

La théorie de la ligne brisée ou théorie de Zigzag stipule que l’importance des archives est illimitée dans la vie d’une organisation ou d’État. On crée les archives, on les utilise et on les enterre. Mais après, on les ressuscite pour une intervention éventuelle. Cette théorie s’appuie sur le  coefficient de restitution d’Isaac Newton.

Le professeur Bob Bobutaka précise, dans son livre intitulé ‘‘Congo-Kinshasa et Congo-Brazzaville : Développement, langue, musique, sport, politique et bibliologie, Paris, Edilivre, 2017 que la République démocratique du Congo n’a pas son acte d’indépendance du 30 juin 1960. À en croire Bob Bobutaka, la RDC  a perdu son acte d’indépendance le jour même de sa signature, le 30 juin 1960 à Kinshasa.

59 ans après l’indépendance, des Congolais continuent à négliger les documents. Ils ne parviennent pas toujours à gérer les archives. Cette attitude risque d’amener le pays vers une direction inconnue. Au fait, il sied de noter ici que la liste de cas de négligence dans la gestion des archives n’est pas exhaustive. De 1959, avec le Colloque général entre la Haute administration coloniale et les partis politiques, à  2016, lors du Dialogue national inclusif organisé sous les auspices de la CÉNCO en passant par la Conférence nationale souveraine en 1991-1992, la RDC a totalisé 16 rencontres politiques importantes. Est-ce possible, aujourd’hui, de trouver toutes les archives des résolutions de ces 16 rencontres politiques importantes ? Nous ne le pensons pas. Si oui, où sont classés les dossiers relatifs à toutes ces résolutions?

En 2007, n’eut été l’intervention des archives de la Belgique, la RDC allait perdre une partie du territoire de Kahemba au profit de l’Angola. Il faut rappeler ici qu’au début de cette affaire, le gouvernement d’Antoine Gizenga aurait même nié cette partie du territoire national avant l’intervention des archives de la Belgique. Cette ignorance du gouvernement  serait due peut-être au manque des archives pour éclairage sur le conflit frontalier. 

Il sied de rappeler que l’histoire archivistique de la République démocratique du Congo renseigne que les archives en RDC n’ont connu que des moments difficiles. Cela, de la destruction des archives de la colonie belge (Congo belge) par Léopold II au pillage des archives de la présidence de la République et du Parlement au palais du peuple par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) et ses alliés en 1997, en passant notamment par la négligence de ces archives pendant la deuxième République.

Il faut ajouter qu’au cours des dix dernières années, les archives de la RDC ont été détruites plus de cinq fois. En 2006, la destruction d’une partie des archives  judicaires  de la Cour suprême de justice lors des audiences sur le contentieux électoraux. En 2007, des incendies ont détruit les archives de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion (CONADER) quelques jours avant l’arrivée des experts internationaux pour un audit de la gestion de fonds destinés à la gestion des démobilisés. En novembre 2009, les incendies ont aussi ravagé les archives médicales des Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK) et le 21 février 2019, l’incendie du bâtiment des archives de la clinique Ngaliema.

À ce tableau sombre, il faut ajouter la destruction des archives du Secrétariat général et des installations abritant le serveur central du système informatique du ministère du Budget, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2015. À ce tableau sombre, il faut ajouter la destruction des archives du Secrétariat général et des installations abritant le serveur central du système informatique du ministère du Budget, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2015. La destruction des archives pénitentiaires et judicaires de 2017 à la prison centrale de Makala (dans la nuit du 16 au 17 mai 2017) et celle du 10 juin 2017 concernant le  Parquet de Matete. Sans oublier le 21 février 2019, le récent incendie du bâtiment des archives de la clinique Ngaliema.

Pour éviter les erreurs du passé, le nouveau régime a intérêt à utiliser des archivistes congolais formés afin d’organiser le secteur et à disposer de moyens nécessaires pour doter chaque institution du pays d’un dépôt d’archives. Sans oublier la réorganisation des archives nationales du Congo (actuellement, Institut des archives nationales du Congo).  

Delphin Bateko Moyikoli

Chercheur congolais dans les domaines des archives, documentation, bibliologie et bibliothèque. E-mail: delphinbateko@yahoo.fr